Conférences sur les cépages oubliés

En octobre dernier, j’ai eu le plaisir de coorganiser au Parlement européen à Strasbourg une conférence consacrée aux « cépages oubliés d’Europe », aux côtés de collègues issus de plusieurs groupes politiques. Une rencontre originale qui a réuni viticulteurs, chercheurs, juristes, œnologues et représentants des institutions européennes autour d’une question simple : que pouvons-nous apprendre du patrimoine viticole européen pour relever les défis de demain ?

Lorsqu’on parle de viticulture européenne, on pense spontanément aux grands cépages qui ont fait la réputation de nos terroirs. Pourtant, notre continent possède un patrimoine génétique beaucoup plus vaste, constitué de cépages anciens, hybrides ou parfois interdits pendant des décennies, qui suscitent aujourd’hui un regain d’intérêt.

Cette conférence avait précisément pour objectif de confronter les expériences venues de France, d’Italie, d’Espagne ou encore du Portugal afin d’explorer le potentiel de ces variétés dans un contexte marqué par le changement climatique, les attentes environnementales et l’évolution des pratiques agricoles.

Préserver notre patrimoine pour préparer l’avenir

La viticulture européenne est confrontée à de nombreux défis.

Le changement climatique modifie les conditions de production. Les maladies de la vigne évoluent. Les attentes des consommateurs changent. Dans le même temps, les producteurs doivent continuer à préserver la qualité et l’identité de leurs vins.

Face à ces enjeux, je suis convaincu que nous devons éviter deux écueils : celui de la nostalgie et celui de la fuite en avant.

Il ne s’agit pas de regarder le passé avec nostalgie. Mais il serait tout aussi absurde d’ignorer les ressources que notre histoire viticole met à notre disposition.

Certains cépages longtemps délaissés présentent aujourd’hui des caractéristiques particulièrement intéressantes : résistance accrue à certaines maladies, meilleure adaptation aux conditions climatiques difficiles ou encore moindre recours aux intrants. Ces atouts méritent d’être étudiés avec rigueur scientifique et sans préjugés.

Construire un cadre européen cohérent

Les échanges ont également mis en évidence les difficultés réglementaires auxquelles sont confrontés les producteurs qui souhaitent expérimenter ou réintroduire certaines variétés.

Les situations diffèrent fortement d’un État membre à l’autre. Cette fragmentation des règles peut freiner l’innovation et compliquer la diffusion des bonnes pratiques.

C’est pourquoi j’ai plaidé pour que l’Union européenne poursuive ses travaux afin de construire un cadre commun permettant d’accompagner les expérimentations, de sécuriser les producteurs et de valoriser les résultats de la recherche.

La transition de notre viticulture ne pourra réussir qu’en s’appuyant sur trois piliers : la science, l’expérience des viticulteurs et la richesse de nos terroirs.

Une viticulture européenne forte de sa diversité

Au fond, cette conférence a rappelé une évidence : la diversité est une force.

La diversité de nos cépages, de nos terroirs, de nos traditions et de nos savoir-faire constitue l’une des plus grandes richesses de la viticulture européenne.

À l’heure où certaines régions viticoles traversent des crises profondes, nous avons besoin d’innovation. Mais nous avons aussi besoin de mémoire.

Redécouvrir les cépages oubliés d’Europe, ce n’est pas tourner le dos à l’avenir. C’est au contraire se donner davantage d’outils pour construire une viticulture plus résiliente, plus durable et plus souveraine.

C’est tout le sens des travaux que je continuerai à porter au Parlement européen pour défendre l’avenir de notre filière viticole.

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