Au Parlement européen, j’ai récemment coorganisé un dialogue technique consacré à un sujet devenu central pour l’avenir de notre agriculture : la réciprocité des normes de production dans les échanges commerciaux internationaux. Cette rencontre a réuni représentants des filières agricoles, ONG, experts juridiques et spécialistes du commerce international afin d’identifier les solutions concrètes permettant de rétablir une concurrence plus équitable pour nos producteurs.
Depuis plusieurs années, l’Union européenne demande à ses agriculteurs des efforts considérables. Réduction de certaines substances phytosanitaires, exigences environnementales renforcées, règles de bien-être animal plus strictes, normes sanitaires parmi les plus élevées au monde.
Ces exigences sont légitimes. Elles répondent à des attentes fortes des citoyens européens. Mais elles ne peuvent être crédibles que si nous faisons preuve de cohérence.
Car dans le même temps, nous continuons parfois à importer des produits agricoles qui ont été élaborés selon des règles que nous interdisons à nos propres producteurs.
C’est cette contradiction que nous devons désormais dépasser.
Une question de justice pour les agriculteurs européens
Les agriculteurs européens ne demandent pas de privilège. Ils demandent simplement à être placés sur un pied d’égalité avec leurs concurrents internationaux. C’est d’ailleurs l’une des recommandations majeures du Dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture européenne.
La question est simple : comment expliquer à un éleveur, à un céréalier ou à un producteur de betteraves qu’il doit respecter des contraintes supplémentaires si, dans le même temps, des produits importés peuvent accéder au marché européen sans respecter les mêmes exigences ?
Cette situation crée des distorsions de concurrence qui fragilisent nos filières, mais elle remet aussi en cause la crédibilité même des politiques européennes.
Une question de souveraineté
Les échanges organisés au Parlement ont également montré que l’enjeu dépasse largement la seule question agricole.
La réciprocité touche à notre souveraineté alimentaire, à notre capacité à maintenir une production agricole sur le territoire européen et à notre volonté de faire respecter nos choix démocratiques.
Si l’Europe considère qu’une pratique est dangereuse pour l’environnement, la santé ou le bien-être animal, alors elle doit avoir le courage d’en tirer les conséquences dans sa politique commerciale.
Dans le cas contraire, nous exportons nos contraintes et importons les problèmes.
Construire une véritable boîte à outils européenne
Les débats ont permis d’examiner les différents instruments dont dispose déjà l’Union européenne : clauses miroir, systèmes de certification, exigences de traçabilité, contrôles renforcés ou encore évolution des règles relatives aux résidus. Le rapport issu de ces travaux montre que des solutions existent, à condition de les utiliser avec rigueur et pragmatisme.
La question n’est donc plus de savoir s’il faut avancer sur la réciprocité.
La véritable question est désormais : comment le faire efficacement, juridiquement et opérationnellement.
Pour une Europe cohérente
Je suis profondément attaché à l’ouverture commerciale lorsqu’elle est équilibrée et bénéfique pour tous.
Mais l’ouverture ne peut pas signifier la naïveté.
L’Europe doit rester ouverte au monde tout en défendant ses producteurs, ses consommateurs et ses choix collectifs.
La réciprocité des normes n’est ni du protectionnisme ni un repli sur soi. C’est une exigence de cohérence, de justice et de souveraineté.
C’est aussi une condition indispensable pour que les transitions que nous demandons à nos agriculteurs soient comprises, acceptées et économiquement soutenables.
Voilà pourquoi je continuerai à porter ce combat au Parlement européen : parce qu’une Europe qui protège doit d’abord être une Europe qui assume ses propres règles.
